octobre132020

VieilleVilleNeuve

Pour honorer Jòhann Jòhannsson, musicien islandais disparu en 2018, auteur de nombreuses bandes originales de film, le FIF projette “Premier Contact” ce mardi soir. C’est un film du québécois Gilles Villeneuve, sorti en 2016, une oeuvre de science-fiction tirée d’une nouvelle nommée “L’histoire de ta vie”.

On trouvera tout à l’heure des correspondances entre cette production et l’un des courts métrages que la Cinémathèque de Vendée proposait l’après-midi dans la même salle du Concorde.

Villeneuve gère ses 50 millions de dollars de budget américain en déployant des scènes impressionnantes mêlant forces armées et engins extraterrestres énormes en station autour de la terre. Je passe sur le développement de l’histoire, canevas connu du héros sorti du monde civil (ici une spécialiste des langues) convoquée par l’armée pour l’aider (ici pour déchiffrer le langage des intrus) et en lutte permanente contre l’incompréhension des militaires (ici tiraillés par les enjeux géopolitiques mondiaux car les douze engins extraterrestres sont dispersés sur tous les continents). Ce qui compte ici, que Villeneuve met très efficacement en valeur, c’est la recherche d’un langage commun qui permettrait aux humains (ici les dirigeants mondiaux) d’être rassurés sur les intentions des visiteurs. Dans cette quête (déjà présente dans “Rencontre du 3ème type” de Spielberg en 1978), rien ne fait sens au départ tant les moyens d’expression des étrangers sont déroutants. Le génie et l’humanité de notre héroïne aideront bien entendu à avancer vers un dialogue, avant que d’autres complications ne perturbent l’histoire.

L’arrière plan scientifique est présent, comme toujours dans ce genre de récit. Il est notamment question de “l’hypothèse de Sapir-Whorf” (en réalité tombée en désuétude et considérée aujourd’hui comme non scientifique mais taisons-nous) selon laquelle la façon dont on perçoit le monde dépend du langage qui nous est transmis. La linguiste du film creuse cette piste déterministe pour percer le mystère de l’expression des extraterrestres.

La bande son est éclatante pour ne pas dire explosive. Elle exploite une vaste palette, dans laquelle il y a davantage de sons (au sens de bruit ou de bruitage) que de musique. Idée géniale : le langage des inconnus est lui-même un bruit. Il y a du silence aussi. Jòhannsson mélange tout cela, créant tantôt de l’espoir tantôt du doute, tantôt de la frayeur, rarement de la paix.

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On est loin des archives de la Cinémathèque de Vendée ? Pas tout à fait !…

Je m’attarde ici sur les “Actualités 1953”, long collage de reportages réalisés tout au long de cette année là par Pierre Falaise, célèbre photographe du quartier du Pont Morineau à La Roche-sur-Yon.

La Cinémathèque de Vendée a déjà montré des documents de Falaise lors des éditions précédentes du FIF, une chance pour les Yonnais qui accèdent là à des archives rares sur la vie de La Roche-sur-Yon dans les années 50. Falaise photographiait les baptêmes et les mariages pour vivre mais sa passion était la caméra, qu’il sortait à loisir dans les rues pour saisir tout ce qui semblait faire actualité à ses yeux. La BNF dispose aujourd’hui d’un DVD de ces archives.

Falaise assemble donc de courts montages sur les évènements marquants de la ville : inauguration de la piscine Delille, destruction d’une chapelle désaffectée, premier motocross local, élection des reines de quartier, foire annuelle place Napoléon, défilé d’association, etc.

Faute de son direct, il sonorise chaque reportage après le montage image. Sa première source est la musique qu’il choisit avec soin parmi les oeuvres classiques disponibles. La seconde source est son commentaire, déclamé d’une voix chantante de speaker radiophonique. Imite-t-il volontairement le ton souvent sérieux, parfois léger mais toujours enjoué des commentateurs de l’époque ? Probablement oui et sans aucune ironie. La diction est tonique et le débit rapide de manière à énoncer un maximum de choses en un minimum d'images. La bande son pétarade de vivacité, la musique étant souvent mixée un peu trop haut vis-à-vis de la voix, portant parfois l’ensemble à saturation.

Je suis frappé par la conformité du montage avec les modèles de l’époque (du moins tels que nous les connaissons grâce précisément aux archives des actualités qui se projetaient au cinéma quand la télévision n’existait pas encore). Falaise filme essentiellement les gens, les individus, la foule. On voit énormément de visages, de sourires. L’époque est joyeuse et les mots employés par Falaise racontent cette joie d’être et de vivre ensemble de nombreux moments et événements. Le langage employé n’est pas très sophistiqué mais il est soutenu, emprunt de considération et de bonnes manières.

Il y a quelque chose de l’ordre de l’unisson dans l’archive que Falaise nous propose.

“La façon dont on perçoit le monde dépend de notre langage” affirmaient les anthropologues Sapir et Whorf, cités par l'héroïne de “Premier contact”.

En 1953 au coeur du pays Yonnais, assurément !

Mais cessons-là, voulez-vous ? Demain est un autre jour de festival !

François H, festivalier

Festival International du Film - La Roche-sur-Yon - 13 octobre 2020


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[1] Amy Adams dans Premier contact (L’Arrivée) - 2016 Sony Pictures 

[2] Actualités 1953 - Pierre Falaise - La Roche-sur-Yon

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